PRA/PCA en PME : définir RTO/RPO, tester, et l’écrire dans le contrat d’infogérance

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Table des matières

Objectif : savoir, sans jargon, ce qu’est un plan de reprise d’activité (PRA), comment définir des objectifs réalistes (RTO/RPO), comment tester (et prouver) que ça marche, et quoi écrire dans le contrat si vous passez par un prestataire d’infogérance.

À retenir : un PRA n’est pas un document. C’est une capacité à redémarrer dans un délai acceptable, avec une perte de données acceptable, sur la base de procédures déjà testées.

Le PRA en 2 minutes

Un incident “majeur” (rançongiciel, panne serveur, mauvaise manipulation, incendie, coupure longue…) peut bloquer :

  • la facturation, la compta, le logiciel métier (ERP/CRM),
  • les e-mails et agendas (ex. Microsoft 365),
  • les accès aux fichiers,
  • le site web, la téléphonie, le VPN, etc.

Le PRA répond à une question simple : “Combien de temps pouvons-nous être arrêtés, et combien de données pouvons-nous perdre ?” Puis il décrit comment redémarrer (procédures, responsabilités, ordre de reprise), et surtout il est testé.

Si vous avez une infogérance (ou si vous envisagez d’en prendre une), le PRA doit être géré comme un engagement de service : objectifs, tests, preuves, responsabilités, et mécanisme d’escalade. C’est ce que recommande la CNIL, mais aussi l’ANSSI.

Pour resituer : notre guide pilier sur l’infogérance explique ce qu’un contrat d’infogérance couvre (et ce qu’il ne couvre pas).

Sauvegarde vs PRA vs PCA : définitions pratiques

1) Sauvegarde

Une sauvegarde, c’est une copie de données (fichiers, bases, messagerie…) destinée à être restaurée. Une sauvegarde non testée, en pratique, est une hypothèse.

2) PRA (reprise)

Le PRA organise la remise en route après incident : dans quel ordre, avec quelles dépendances, qui fait quoi, en combien de temps, et sur quelle infrastructure (sur site, cloud, site de secours…).

3) PCA (continuité)

Le PCA vise à maintenir une activité minimale pendant l’incident (mode dégradé) : processus “papier”, poste de secours, accès alternatif, solution temporaire…

Traduction simple : le PCA limite la casse pendant la crise, le PRA remet l’informatique (et donc l’activité) sur pied après la crise. Les deux ne sont pas qu’une simple sauvegarde, comme l’explique la CNIL.

RTO et RPO : deux décisions “métier”, pas techniques

Vous n’avez pas besoin d’être informaticien pour décider vos objectifs. Vous avez juste besoin de raisonner par impact business.

  • RTO (Recovery Time Objective) : le délai maximum d’arrêt acceptable. Exemple : “la facturation ne peut pas être indisponible plus de 4 heures”.
  • RPO (Recovery Point Objective) : la perte de données maximale acceptable, exprimée en temps. Exemple : “au pire, on accepte de perdre 30 minutes de données”.

Point important : RTO/RPO s’appliquent par application (messagerie, ERP, fichiers, téléphonie, site web…), pas “pour l’entreprise en général”.

Si vous avez besoin d’un repère pour cadrer un contrat et ses niveaux de service, voir aussi : SLA en infogérance : définition, pièges, risques.

Tableau : les décisions à trancher

Copiez ce tableau dans un document interne. C’est votre base de PRA (et votre base de discussion avec un prestataire).

Astuce pragmatique : commencez par 5 à 10 “services critiques”. Le reste viendra ensuite.

Application / serviceImpact si indisponibleRTO (max arrêt)RPO (perte données)DépendancesContournement (mode dégradé)Responsable (qui décide)Preuve attendue (test / rapport)
Messagerie / agendaCommercial bloqué, coordination difficile8h1hIdentités, MFA, InternetWebmail / comptes secoursDirection + référent interneRapport test de restauration
Fichiers partagésProduction / admin stoppée4h30 minAD/VPN, stockageDossiers locaux prioritairesOps + directionTest restauration + durée réelle
ERP / logiciel métierFacturation et opérations arrêtées4h15 minBase de données, licencesProcédure papier temporaireDirection + métierTest bascule + validation métier

Les 4 niveaux de stratégie

Niveau 1 — Sauvegarde + restauration testée (minimum acceptable)

  • Sauvegardes régulières, isolées, et restaurations testées.
  • Procédures simples : “où restaurer / qui valide / combien de temps”.

Niveau 2 — Restauration orchestrée (plus fiable, plus rapide)

  • Automatisation partielle : scripts / runbook / séquences de reprise.
  • Objectif : réduire les erreurs humaines en situation de stress.

Niveau 3 — Environnement de secours “prêt” (reprise plus rapide)

  • Infrastructure de secours disponible (sur site différent ou cloud), avec procédures de bascule.
  • Coût plus élevé, mais RTO souvent meilleur.

Niveau 4 — PCA sur fonctions critiques (continuité “pendant” la crise)

  • Mode dégradé documenté : processus alternatifs, priorisation, communication de crise.
  • Ce niveau concerne surtout les activités qui ne peuvent pas “s’arrêter”.

Important : “plus robuste” n’est pas “mieux” si ça ne correspond pas à vos impacts. Le bon niveau est celui qui tient vos RTO/RPO, avec des preuves.

Tests : ce que vous devez exiger (et conserver comme preuve)

Un PRA doit être testé. Sinon, au premier incident, vous découvrez :

  • des sauvegardes incomplètes,
  • des mots de passe manquants,
  • des procédures non tenables,
  • ou un RTO irréaliste.

Quels types de tests ? (ordre simple)

  1. Test de restauration “ciblé” : restaurer un fichier, une base, une boîte mail, puis valider.
  2. Test “scénario” (table-top) : qui fait quoi si l’infrastructure principale est indisponible ?
  3. Test de reprise “réel” : redémarrage sur environnement de secours (même partiel) + validation métier.

À quelle fréquence ?

  • Après chaque changement majeur (migration, refonte réseau, nouvel ERP…).
  • Au minimum annuel pour les éléments critiques, avec un compte-rendu.

Les preuves à demander (et à archiver)

En infogérance, vous devez pouvoir demander des preuves simples :

  • un rapport de test : date, scénario, durée réelle, résultats, écarts, actions correctives ;
  • un journal des sauvegardes (succès/échecs) et les corrections faites ;
  • la preuve que les sauvegardes sont protégées et isolées (notamment contre les rançongiciels) ;
  • la liste à jour des comptes et accès nécessaires à la reprise (et où ils sont stockés).

Si vous avez un doute sur ce que l’infogérance couvre exactement (inclus / hors périmètre), voir : ce que couvre une infogérance (catalogue RUN).

Contractualiser un PRA dans une infogérance : ce qu’il faut écrire noir sur blanc

Un PRA “annoncé” n’a de valeur que s’il est contractualisé : objectifs, responsabilités, preuves, et ce qui se passe si ça ne tient pas.

1) RTO/RPO par application (pas un engagement vague)

  • Annexe au contrat : tableau des services critiques + RTO/RPO associés.
  • Préciser les hypothèses : horaires (24/7 ou heures ouvrées), dépendance Internet, accès aux locaux, etc.

2) SLA adaptés à la reprise (pas seulement “temps de réponse”)

  • Délais d’intervention / escalade
  • Délais de restauration / reprise (cohérents avec RTO)
  • Modalités d’astreinte

À lire : SLA : pièges et bonnes pratiques.

3) RACI : qui fait quoi (et qui décide)

RACI = une matrice simple pour éviter “je croyais que c’était vous” :

  • Responsable (exécute)
  • Approbateur (décide / tranche)
  • Consulté
  • Informé

Si vous faites de la co-gestion : infogérance co-managée : RACI + SLA.

4) Tests : calendrier + livrables + actions correctives

  • Fréquence minimale des tests
  • Format du rapport (ce que vous recevez)
  • Délai de correction des écarts

5) Sécurité des sauvegardes (exigences simples)

  • Isolation des sauvegardes (risque rançongiciel)
  • Chiffrement si transfert
  • Conservation / rétention

6) RGPD : sous-traitance, preuves, Article 28

Si le prestataire héberge, administre ou accède à des données personnelles, vous avez un sujet RGPD : obligations de sous-traitance, clauses et preuves.

À lire : infogérance et RGPD (Article 28) : preuves attendues.

7) Incident : responsabilités, communication, et “qui appelle qui”

Le contrat doit couvrir : procédure d’escalade, communication interne/externe, responsabilités en cas d’incident.

À lire : responsabilités en cas d’incident.

8) Réversibilité : récupérer vos données et repartir sans blocage

Le PRA ne sert pas si, le jour où vous changez de prestataire, vous ne récupérez pas vite : comptes, documentation, exports, sauvegardes, clés, etc.

Voir : clause de réversibilité.

Pour une vue globale : contrat d’infogérance : ce qu’il doit inclure et les pièges fréquents en PME.

Checklist 30 / 60 / 90 jours (PME)

Jours 0–30 : cadrer (décisions)

  • Listez 5–10 services critiques.
  • Fixez RTO/RPO par service (même approximatif au départ).
  • Identifiez les dépendances (Internet, MFA, VPN, locaux, prestataires éditeurs…).
  • Décidez : “niveau 1/2/3/4” (voir plus haut) pour chaque service critique.

Jours 31–60 : documenter (procédures et accès)

  • Écrivez un runbook simple : ordre de reprise + contacts + accès.
  • Centralisez les informations essentielles : licences, comptes, procédures, contacts éditeurs.
  • Validez le RACI (qui exécute / qui décide / qui informe).

Jours 61–90 : tester (et produire des preuves)

  • Réalisez au moins 1 test de restauration par service critique.
  • Faites un test “scénario” (table-top) avec direction + référent interne + prestataire.
  • Produisez un rapport : résultats, durée réelle, écarts, plan d’actions.

Si vous passez d’une maintenance “au coup par coup” à une infogérance, vous pouvez vous aider de cette checklist : maintenance → infogérance (checklist) et de ce comparatif : infogérance vs maintenance : différences.

Besoin d’aide (Paris / Île-de-France) : cadrer + tester + contractualiser

Si vous voulez un PRA concret (RTO/RPO par application), testé, avec preuves et clauses contractuelles (SLA, responsabilités, RGPD, réversibilité), vous pouvez passer par notre page service :

Prestataire infogérant à Paris

Réponses à vos questions

Un PRA, c’est obligatoire ?

Ça dépend de votre secteur et de vos obligations contractuelles, mais dans les faits, c’est surtout une décision de gestion des risques : combien coûte une journée d’arrêt, et à quelle fréquence vous pouvez vous le permettre ?

“On a des sauvegardes”, ça suffit ?

Souvent non. Sans test de restauration, vous ne savez pas si vos sauvegardes redémarrent vraiment vos applications, dans l’ordre, avec les bons accès. Et en cas de rançongiciel, des sauvegardes non isolées peuvent être chiffrées aussi.

Combien coûte un PRA ?

Ça varie selon vos objectifs (RTO/RPO), vos applications, et le niveau de stratégie (1 à 4). Plus votre RTO est court, plus il faut d’organisation, d’automatisation ou d’infrastructure de secours.

Pour raisonner “retour sur investissement” : calculer la rentabilité d’une infogérance.

À quelle fréquence tester ?

Après tout changement majeur, et au minimum une fois par an pour les éléments critiques, avec un rapport (durée réelle, écarts, actions). L’important est d’avoir une trace et d’améliorer.

Qui doit porter le PRA : le prestataire ou l’entreprise ?

Les deux. Le prestataire exécute et outille, mais l’entreprise doit décider des priorités (RTO/RPO) et valider les résultats. Sans décision “métier”, le PRA reste flou.

Que doit contenir un contrat d’infogérance pour couvrir le PRA ?

Au minimum : RTO/RPO par service critique, SLA de reprise, responsabilités (RACI), calendrier de tests, livrables de preuve, clauses RGPD si données personnelles, et réversibilité.

Référence : ce que doit inclure un contrat d’infogérance.

Nous avons Microsoft 365 : on a déjà un PRA ?

Pas automatiquement. Microsoft 365 améliore souvent la continuité sur la messagerie et les fichiers, mais votre PRA doit couvrir : identités/MFA, postes, accès, logiciel métier, réseau, fournisseurs, et procédures internes.

Pour aller plus loin : guide sur l’infogérance Microsoft 365.

Note : cet article donne un cadre opérationnel. Pour les clauses contractuelles, faites valider la rédaction finale par votre conseil (avocat / juriste), surtout si vous avez des obligations sectorielles.